
« The Beatles » vu par Mark Hertzgaard

Seule « Sexy Sadie », sur la face trois, était plus intéressante au niveau des paroles que de la musique. « Sexy Sadie » n’était évidemment pas une femme mais un homme, et, pour être précis, il s’agissait du vieil ami de Lennon, le Maharishi. La chanson avait été écrite en Inde, dans un moment d’idéalisme déçu, quelques minutes après que John, sur le point de partir après une dispute déplaisante avec le Maharishi, eut fait ses valises.
John était le musicien qui dominait également la quatrième et dernière face de l’Album Blanc, largement en raison des deux versions de « Revolution » qui y figurent. Parmi les trois chansons intercalées entre ces deux morceaux, « Honey Pie », de Paul, était une nouvelle tartine de ces innombrables guimauves nostalgiques et sirupeuses à souhait qu’il pouvait fournir sur commande ; « Savoy Truffle », de George, était remarquable surtout pour les cuivres retentissants et des paroles qui semblaient exprimer son agacement à l’égard de Paul - « We all know » ObLa-Di, Ob-Bla-Da " / But can You Tell Me where you are ? « [Nous connaissons tous » ObLa-Di, Ob-Bla-Da " / Mais peux-tu me dire où tu en es ?] ; et John avait si peu de considération pour « Cry Baby Cry » que quelques années plus tard il nia l’avoir écrite.) Mais revenons à « Revolution ». Quand l’Album Blanc sortit, le 22 novembre 1968, la version 45 tours de « Revolution » était déjà sur le marché depuis presque trois mois, et les gens s’étaient habitués à entendre la force et la violence de cette chanson. Ouvrir la quatrième face avec un arrangement radicalement différent donnait au public un aperçu du processus créatif parcouru par les Beatles, et cette impression était encore accentuée par un dialogue soudain entre John et Paul en plein milieu de la chanson. Les auditeurs intéressés par la politique auraient pu en conclure que Lennon devenait plus militant. C’était en partie vrai, mais cette correspondance lyrique était pure coïncidence. Comme nous l’avons fait observer précédemment, la version de l’album avait été enregistrée en premier, ainsi que le surprenant collage sonore de « Revolution 9 ». Cette dernière composition comportait autant de méthode que de folie, comme le signale le critique Tim Riley
" Aucun novice n’aurait pu arriver à ces combinaisons musicales « et elle était habilement introduite par ces mots de McCartney : » Can you take me back where I came from ? " (Peux-tu me Ramener d’où je viens ?) Cependant, la plupart des auditeurs furent probablement soulagés quand les derniers « Block that hick » s’évanouirent pour laisser place au monde enchanté, très Walt Disney, de « Goodnight ».
![]()
Contrairement à ce que le style de cette chanson laisse supposer, ce fut Lennon qui composa ce morceau, destiné à être une berceuse pour son fils Julian, alors âgé de cinq ans. John avait raison en déclarant ultérieurement que les violons sur « Goodnight » étaient « peut-être excessifs », mais ce fut lui qui demanda à George Martin de les arranger " comme pour Hollywood ". La voix profonde et chaleureuse de Ringo sauvait la chanson, lui évitant de devenir trop précieuse, et les adieux qu’il murmure à la fin - « everybody, everywhere » (tout le monde, partout) - rétablissaient le lien personnel entre le groupe et le public qui avait toujours été vital pour le succès des Beatles.
Le problème était que les relations entre les Beatles eux mêmes se détérioraient comme jamais auparavant. Ils avaient songé à s’inspirer pour le titre de l’Album Blanc de la pièce de Henrik Ibsen, Maison de poupée, mais leur existence collective n’avait plus rien de naïf ni d’enfantin. Ils se heurtaient désormais à la réalité de la vie et cette réalité était sombre.












