
To Be(atles) or not to Be(atles)

La surprenante variété, l’universalité, l’innovation et le génie implacable de la musique composée et enregistrée par les Beatles en 1962 et 1970 sont sans précédent dans l’histoire de la musique populaire. Il nous faut retourner à l’Angleterre Elisabéthaine pour trouver une analogie adéquate à l’absolue et mystérieuse interpénétration du génie artistique et du milieu culturel qui illumine les rapports entre la musique des Beatles et son époque. Pas même les pièces de William Shakespeare n’ont eu à leur sortie l’impact phénoménal d’un nouvel album des Beatles. Les parallèles pouvant être faits entre les deux (ou plutôt l’un et les quatre) sont attrayants.
Les Beatles, tout comme Shakespeare, furent sujets à des rumeurs, des canulars et à de folles spéculations gravitant autour de qui a vraiment fait leur travail, car certains ne pouvaient tout simplement pas croire au génie des uns et de l’autre. Les canulars et les spéculations à propos de Shakespeare sont d’une triste notoriété... Les plaisanteries concernant les Beatles sont toutes aussi ridicules. Quelqu’un affirmait que les Russes se servaient des rythmes des Beatles contre les jeunes Américains afin de les pousser à bout et de les mener à commencer la révolution. Quant à Paul McCartney, remplacé par un androïde, vous n’avez qu’à écouter Golden Slumbers sur Abbey Road et vous demander si vous connaissez un androïde capable de chanter ainsi.
Quoiqu’il en soit, l’on parvient à un autre parallèle que celui des stupides rumeurs : ni Shakespeare, ni les Beatles n’ont reçu de formation classique dans le domaine qui leur est propre. Ce qui fait d’eux des personnages suspects : des Beatles, seul George Harrison a reçu une petite formation musicale conventionnelle. Paul McCartney expliqua un jour la collaboration Lennon/McCartney ainsi : « Aucun de nous deux ne savait lire ou écrire la musique. John me sifflait l’air auquel il pensait et je lui sifflais en retour ce que j’avais en tête ». Lorsqu’ils commencèrent à utiliser des trompettes, des violons, des cors d’harmonie, des orchestres complets et toutes autres choses plus fantaisistes que deux guitares, une basse et une batterie, George Martin fit en fonction de négociateur bienveillant entre les cerveaux bouillonnants d’idées des Beatles et les quatuors à cordes et autres. Il enregistra leur premier 45 tours, Love Me Do / PS I Love You, faisant une exception pour les Beatles en leur permettant d’enregistrer leurs propres compositions.













